« Je me suis dit : c'est le moment ou jamais de savoir si tu pourras être ce que tu crois que tu es : un écrivain. »

 

                 

Voilà dix ans déjà que l'écrivain portugais José Saramago (1922-2010) nous a quittés. On a reconnu à l'homme une forte personnalité, à la fois sensible et provocatrice, personnalité majeure de la littérature portugaise contemporaine.

 

José Saramago et Fernando Pessoa

 

On a reconnu à son œuvre une grande originalité versant parfois dans la provocation. Il n'a pas toujours été en odeur de sainteté dans son pays, vivant en quasi exil dans l'île de Lanzarote, dans les Canaries. Homme de gauche, il passe aussi pour une conscience morale fort écoutée dans le monde, tout en étant parfois objet de controverses.

 

       
Menus souvenirs                                                                   Quelques poèmes

 

Mais les choses évoluent. Comme l’écrit avec ironie Alain Salles dans le journal Le Monde de mars 2000 : « Hier attaqué pour son Évangile selon Jésus-Christ qui le conduisit à se retirer à Lanzarote, le prix Nobel, devenu une gloire nationale, entend se servir de cette distinction pour dénoncer les inégalités. »
Dame, pour la première fois un portugais était élevé au rang de prix Nobel de littérature !

 

       

 

J'avais déjà en 2018 évoquer dans un article "José Saramago prix Nobel," son parcours atypique, sa façon de réagir au monde qui l'entourait sans prendre de gants et sans s'arrêter aux réactions ou même aux représailles que pourraient susciter ses propos ou son action. Quitte à faire un pied de nez à ses contemporains et à en payer le prix.

 


José Saramago et Carlos Fuentes à Guadalaraja au Mexique en 2004

 

Adolescent, il ne peut continuer ses études, faute d'argent. Il vivra alors de boulots précaires, dessinateur industriel, correcteur ou ouvrier d'édition puis dans les journaux. Il ne publiera son premier roman, Terre du péché, qu'en 1947 et son roman suivant est refusé par tous les éditeurs contactés.

 

          
Saramago avec Nadine Gordimer    
Pilar del Rio présentant son roman posthume Claraboya

 

Il lui faudra patienter encore longtemps quelque dix années pour pouvoir renouer avec le succès avec en 1976 son roman Relevé de terre (Levantado do Châo). Mais, c’est Le Dieu Manchot qui lui donnera une audience internationale. Sa publication suivante, un recueil de poèmes intitulé "Les poèmes possibles" (Os Poemas possiveis), ne paraît qu’en 1966 et il attendra encore dix ans avant de pouvoir se consacrer pleinement à l’écriture.

 


José Saramago, L'Evangile selon Jésus-Christ

 

Ainsi, il a beaucoup passé de temps à attendre mais n'a-t-il pas dit lui-même : «  Je n’attendais rien. On n’attend pas, on ne fait pas que ça arrive. Attendre quoi ? Comment peut-on savoir que le jour arrivera ? »

 

     
«
Le monde est ainsi fait qe la vérité doit souvent se masquer de mensonge pour arriver à ses fins. »

 

Dans son discours devant l'Académie royale de Suède à l'occasion de son Prix Nobel, le 7 décembre 1998, il revient sur des souvenirs d’enfance et l’image de ses grands-parents : « Mes grands-parents étaient analphabètes. L'hiver, quand le froid de la nuit était si intense que l'eau gelait dans les jarres, ils allaient chercher les cochonnets les plus faibles et les mettaient dans leur lit. Sous les couvertures grossières, la chaleur des humains protégeait les animaux du gel et les enlevait à une mort assurée… Ils  agissaient pour maintenir leur gagne-pain avec le comportement naturel de celui qui, pour survivre, n'a pas appris à penser plus loin que l'indispensable. »

 


Saramago avec sa femme Pilar del Rio

 

En somme, la vie frugale et travailleuse de paysans pauvres comme il en existait beaucoup alors. Et lui-même participait à ces activités : « Souvent j'ai aidé mon grand-père dans son travail de berger, je creusais la terre de la ferme, je sciais le bois pour la cheminée, j'ai fait tourner tant de fois la roue qui amenait l'eau du puits communautaire. Eau que bien des fois j'ai transportée sur les épaules en cachette des hommes qui gardaient les surfaces cultivées. Avec ma grand-mère, au crépuscule, je me souviens d'être allé glaner la paille qui servait ensuite de litière au troupeau. »

 


Saramago à Lanzarote, Canaries, 2001       

 

Le rapport à l’enfance l’habitera toute sa vie, partie inséparable de lui-même et de son œuvre. On le retrouve aussi dans cette anecdote sur son patronyme : Il aurait dû s'appeler José de Souza mais l’employé de mairie, on ne sait pourquoi, apposa sur le registre le sobriquet familial "Saramago" qui signifie "raifort sauvage".

 

            

 

Son style aussi est né d’un moment particulier pendant l’écriture d’un roman : «  Tout à coup, sans y penser, sans réfléchir, sans prendre de décision, j'ai commencé à écrire avec ce qui est devenu ma façon personnelle de raconter, cette fusion du style direct et indirect, cette abolition de la ponctuation réduite au point et à la virgule. Je crois que ce style ne serait pas né si le livre n'était pas parti de quelque chose que j'avais écouté. Il fallait trouver un ton, une façon de transcrire le rythme, la musique de la parole qu'on dit, pas de celle qu'on écrit… »

 

 

Voir aussi
* La présentation de Bibliomonde - * Sa bibliographie --
* Silvia Amorim, "José Saramago: art, théorie et éthique du roman", éditions L'Harmattan, coll. Classiques pour demain, 2010

* Maria Graciete Besse, "José Saramago et l’Alentejo : entre  réel et fiction", éditions Petra, 137 pages, 2015
* Saramago par l'exemple : extraits de deux oeuvres et commentaire
* J'ai quel âge ? Poème de Saramago

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<< Christian Broussas, Saramago 2020 01/02/2020 © • cjb • © >>
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