Une fraternité picturale au XIXème siècle

Après l'exposition du Musée des Beaux-arts de Nantes en 2007 intitulée Hippolyte et Paul Flandrin, paysages et portraits, c'est maintenant le Musée des Beaux-arts de Lyon, berceau de la famille Flandrin, qui organise une exposition en hommage aux trois frères.

 

       
Hippolyte et Paul par Paul Flandrin
Le baptême du Christ : Esquisse pour le décor de la nef de l'église Saint-Germain-des-Prés

 

La famille lyonnaise des Flandrin a en effet donné plusieurs peintres dont les trois frères les plus connus Hippolyte Flandrin (1809-1864), Auguste Flandrin (1804-1842), et Paul Flandrin (1811-1902). De son mariage avec Aimée-Caroline Ancelot naîtra Paul-Hippolyte Flandrin (1856-1921), peintre d'art sacré, portraitiste et décorateur.

 

      
    Hippolyte Flandrin  et sa femme Aimée-Caroline 
    Autoportrait au chevalet 1860

 

Élève d'Ingres, Hippolyte Flandrin fait partie du mouvement néo-classique. Grand prix de Rome en 1832, il part pour Rome à la villa Médicis où il exécutera en 1836 un de ses plus célèbres tableaux Jeune homme nu assis au bord de la mer. Il s'oriente alos vers des œuvres privilégiant les sujets historiques puis religieux.
Il s'est également beaucoup intéressé à la peinture murale dont on trouve de beaux exemples à Paris dans les églises Saint-Séverin et Saint-Vincent-de-Paul.

 

           
Jeune homme nu au bord de la mer -       Joseph Charles Bonaparte 1860

 

Influencé par l'esthétique d'Ingres, il choisit plutôt des sujets religieux, intéressé surtout par la spiritualité qu'il s'efforçait de représenter, « l’idéalisation de la pensée  » écrira un critique, plutôt que de la forme, incliné à rechercher le sens et l'étude psychologique de ses personnages, à travers les aspirations mystiques des aspirations religieuses.
 

 
Hippolyte Flandrin, Thésée reconnu par son fils, 1932


Dès les années 1850, Hippolyte Flandrin devint très célèbre, croulant sous les commandes de l’aristocratie et la cour du Second Empire, en témoigne son célèbre portrait de Napoléon III (1862, Versailles, Musée national du château) avec son curieux regard qu’on dit souvent rêveur ou fuyant. [1]

Après une carrière où il fut couvert d'honneur, de santé fragile, il retourna en Italie où il mourut de la variole.
 


 Jeune berger assis 1834       La florentine 1840 -       Portrait de madame Oudiné -


Paul Flandrin a d’abord travaillé avec le peintre Antoine Duclaux et le sculpteur Jean-François Legendre-Héral, avant de rejoindre son frère à Paris dans l'atelier de Dominique Ingres.

Après des débuts difficiles, il rejoint de nouveau son frère Hippolyte à Rome où il pratique surtout la peinture de paysage, participant plus tard à la réalisation des tableaux de son frère. Ses études d'après nature lui permettent de faire des compositions historiques.
 

                  
Paul Flandrin : Jeune fille à la robe de soie bleue 1861 et Paysage idéal

 

Paul Flandrin va longtemps prolonger sa pratique du paysage classique dont il était l’un des spécialistes, retenant les leçons de son maître Dominique Ingres. Il évoluera par la suite vers un style plus personnel et plus naturaliste.
Il réalisa également des portraits peints et dessinés ainsi que des caricatures.
 

  
Hippolyte Flandrin, Le Christ et les petits enfants

 

D’un caractère accommodant et timide, plutôt mélancolique, Hippolyte Flandrin n’avait guère confiance en lui. Il avait constamment besoin de son frère Paul, ce que ce dernier lui rappelle dans une lettre de mars 1833, alors qu’Hippolyte réside à Rome : « Ainsi, de la confiance en toi, voilà tout ce que je te demande, car je sais bien aussi ce que tu vaux ».
 


Hippolyte Flandrin, portraits : Le comte Goyon, La mère du docteur Bordier et Napoléon III  

 

On peut mesurer leur connivence aux lettres qu'ils échangent quand Paul est à Paris et Hippolyte à Rome où il rêve de « causer face à face avec Raphaël et Phidias, » même si son grand regret reste l’absence de son frère, ce frère avec qui il n’avait pas connu de séparation pendant vingt ans.  
 

   Odalisque avec esclave
 

Peu de temps après son arrivée à Rome,  il lui écrit : « Mon Dieu, c’est donc bien vrai que j’ai quitté la rue Mazarine et l’atelier, le Pont-Royal et la Cité, dominée par les deux colosses de Notre-Dame ! […] Le pays où je suis est admirable; mais il le sera bien autrement quand nous en jouirons ensemble. Allons, courage, travaillons. Les progrès que nous pourrons faire ajouteront encore à la joie que nous aurons de nous revoir. »

 


Paul Flandrin : Environ de Vienne dans l’Isère  

 

Auguste Flandrin (1804-1842) le plus âgé, est aussi le moins connu des trois frères, en raison d’un décès prématuré, à l’âge de trente-huit ans. De ce fait, son œuvre reste assez modeste en regard de celle de ses frères et reste surtout inscrite dans le cadre lyonnais.

 

           
Auguste Flandrin La madone aux candélabres et Paysage de montagne

 

Le Musée des Beaux-Arts de Lyon conserve dans ses collections un bel ensemble de quelque deux-cent œuvres des trois frères, aussi bien peintures,  dessins, gravures, photographies et pièces d’archives, dont une partie n’a jamais été exposée. Ce fonds provient surtout d’achats et de rétrocessions de l’État, mais aussi de la famille des artistes.
Le MBA de Lyon a été largement associé au chantier de restauration des décors de l’église Saint-Germain-des-Prés à Paris.
 

           
Portraits d'Auguste Flandrin : Paul Tranchant, Homme assis et  Magistrat assis

 

L’exposition s’organise à travers plusieurs thématiques : les autoportraits et portraits croisés, l’étude du modèle, l’histoire, le paysage, le portrait, le grand décor pour bien montrer chaque aspect du travail des trois frères, leur constante collaboration. Elle met en lumière le processus créateur en réunissant peintures et dessins, et en reprenant aussi les étapes de la création d’un tableau.
 

    
Hippolyte Flandrin, Madame Vinet 
Paul-Hippolyte Flandrin, La confidence 1904

 

Notes et références
[1]
On peut aussi citer entre autres les portraits de "La Comtesse Maison" (1852, Villeneuve-sur-Lot, musée de Gajac), de "Mme Bordier mère" (1852, musée de Grenoble), ou de "La comtesse de Goyon" (1855, Montauban, musée Ingres).
 


Allégorie de la république  Polytès fils de Priam 1833    Hippolyte, autoportrait

 

Voir aussi
* Musée des Beaux Art de Lyon --
* Catalogue des expositions musées du Luxembourg et  des beaux-arts de Lyon, Paris, Éditions RMN, 1984 : Hippolyte, Auguste et Paul Flandrin, une fraternité picturale au XIXe siècle
* Henri Delaborde, Biographie d'Hippolyte Flandrin --

Mes articles sur Lyon
* Diego Rivera à Lyon -- Itinéraire dans le Vieux-Lyon --
* Lyon, littérature et résistance -- Expo Jean Couty à Lyon --

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