Référence : Hans Martin Puchner, Écrire le monde, traduction Odile Demange, éditions Fayard, 444 pages, septembre 2019

La formidable épopée des livres qui ont fait l’histoire

             

 

Dans "Écrire le monde", Hans Martin Puchner nous offre une vaste histoire de la littérature brossée à partir d’une quinzaine d’œuvres essentielles, la Bible et les textes sacrés, de l’Iliade à Harry Potter, qui ont non seulement contribué à écrire l’histoire du monde et dont on peut penser qu’ils pourront aussi devenir le ferment de l’évolution du monde.

Avec l’auteur, nous partons pour un très long voyage dans le temps et l’espace à la recherche des grands textes qui ont marqué le parcours des empires et des nations, le développement des idées qui se sont répandues de part le monde et des croyances religieuses.
 


                                                     Bouddha

Hans Martin Puchner nous propulse dans les textes sacrés qui ont marqué le monde : l’Épopée de Gilgamesh, le Popol Vuh – la « bible » maya – et L’Iliade; les pensées du Bouddha, de Confucius, Socrate et Jésus Christ ; le Dit du Genji, premier écrit romanesque de la japonaise Murasaki ; Les Mille et Une Nuits, Don Quichotte ou encore le Manifeste du parti communiste. Mais d’autres œuvres moins connues sont aussi abordées comme Soundiata pour l’Afrique de l’Ouest ou des textes contemporains comme Le Livre noir d’Orhan Pamuk (le prix Nobel turc) ou la saga Harry Potter.

 

                                                                                                                                                                   Socrate


« J’essaie parfois d’imaginer un monde sans littérature » confie l’auteur. Pire encore d’imaginer un monde où la littérature n’aurait jamais existé, si les histoires orales n’avaient jamais été écrites.
Tout en eût été bouleversé : notre sens de l’Histoire, de l’ascension et de la chute des empires et des nations serait tout différent.

La plupart des idées philosophiques et politiques n’auraient jamais vu le jour parce que la littérature qui les a inspirées n’aurait pas été écrite. Presque toutes les croyances religieuses disparaîtraient en même temps que les écritures qui leur ont permis de s’exprimer.

Depuis son apparition il y a 4000 ans, elle a façonné la vie de la majorité des humains de cette terre.  Prenons les astronautes à bord du vaisseau Apollo 8. Dans l’espace, l’image rendait mal le réel et en dernier ressort, ils eurent recours aux mots. Mais ils étaient loin d’être des écrivains capables de trouver les mots justes pour décrire ce qu’ils voyaient.
 

         
 

Mais Anders en particulier parvint à bien traduire ce qu’il voyait, « la nature désolée du terrain, les formes allongées font ressortir les reliefs difficiles à distinguer sur la surface très lumineuse survolée. » Les trois astronautes lurent chacun un message qui fut transmis à quelque 500 millions de téléspectateurs. Écrire n’est pas forcément l’apanage de professionnels, des comptables mésopotamiens par exemple,  ce qui signifie que les textes importants, fondateurs comme la Bible, furent aux mains des prêtres, soutenus par les royautés qui y avaient intérêt. La mission Apollo 8 aussi fut critiquée, le choix de la Bible pour les messages lancés par les trois astronautes, la publicité faite à l’Amérique donc au capitalisme libéral…
 

« La littérature naquit de la rencontre entre l’écriture et la narration » dit l'auteur. En fait, son évolution fut soumise à l’acquisition et l’invention de nouvelles techniques dont l’imprimerie fut la plus déterminante. Après la littérature romanesque se développe actuellement une production diversifiée et de masse.
 

       
                                      Les 3 astronautes d'Apollo 8

 

On peut ainsi affirmer que le monde a été « façonné par la littérature » avec des États démographiques régis par des textes fondateurs, les Constitutions, les chartes... Et à la longue, les cultures de l'écrit comme l'empire romain se sont toujours imposées face aux cultures de l'oral.
Et les technologies de l’écriture n’ont pas fini d’évoluer…   

 Mais paradoxalement, le présent rejoint parfois le passé : Aujourd’hui, comme les scribes antiques, on fait défiler des textes, courbés sur nos tablettes. Raconter l’histoire de la littérature, c’est aussi raconter comment elle a contribué à « écrire le monde ».
 

       
 

Voir aussi
* Régis Debray, Civilisation et Du génie français --
* Jérôme Fourquet, L'archipel français --
* Art de la paix et diplomatie --
* Thomas Piketti, Capital et idéologie --

<< Christian Broussas – Écrire le monde - 02/11/2019 © • cjb • © >>