Toni Morrison, 3 portraits

 

Référence : Toni Morrison, La source de l’amour-propre, éditions Christian Bourgeois, 2019, traduit de l’anglais par Christine Lafferrière
 

À la suite du décès de Toni Morrison, ont été publiés une nouvelle inédite dans la revue America et un recueil qui rassemble une quarantaine de ses textes inédits en France. [1] Ce dernier réunit de courts essais, des discours et quelques-unes de ses réflexions, véritable anthologie de 432 lignes.
 

  
                    Avec Obama                                             Avec Glenn Close

 

Le premier texte intitulé "Péril" traite de la question de la menace que représentent les écrivains pour les régimes autoritaires. D’une façon générale, écrivains, journalistes, essayistes, poètes, dramaturges et même blogueurs peuvent avoir un rôle positif en perturbant l'oppression sociale « qui fonctionne comme un coma sur la population, coma que les despotes qualifient de "paix" », écrit-elle dans ce texte d'un discours datant de 2008.

 

   
                                                                                      Avec Rosa Parks

 

On trouve aussi des textes plus engagés sur "Les morts du 11-Septembre" ou sur la situation des Noirs américains. Son hommage à James Baldwin (1924-1987) est particulièrement poignant, surtout quand elle écrit : « Tu m'as offert la langue dans laquelle résider (...) Je pense tes pensées, parlées et écrites, depuis si longtemps que je les croyais miennes. Je vois le monde à travers ton regard depuis si longtemps que je croyais que cette vision limpide, si limpide, était ma propre vision. [2]
 

« C'est toi, poursuit-elle dans son hommage, qui nous a donné le courage de nous approprier une géographie étrangère, hostile, totalement blanche, parce que tu avais découvert que ce monde n'est plus blanc et ne le sera plus jamais. 
Ce qui lui suggère cette réflexion : « La vie et l'œuvre d'un écrivain ne sont pas un don fait à l'humanité: ils sont sa condition nécessaire. »

 

      
 

Elle revient sur l’écriture de son plus grand succès "Beloved" publié en 1987 dont cette petite-fille d'esclaves dit qu’elle a commencé à réfléchir à "Beloved" à partir de 1983. Comme depuis le début de son parcours d’écrivaine, c’est son rapport compliqué à l'Histoire qui en a été le principal ressort.


Elle explique que l’écriture de "Beloved", cette histoire réelle d'une esclave qui tue son enfant pour qu’elle ne vive pas une vie d’esclave à son tour, fut une volonté de raconter une histoire d'esclavage sans sombrer dans une certaine forme de « pornographie ». [3]
 

 

Pour elle, s’il est facile d'écrire sur un tel sujet, il est non moins facile de « se retrouver dans la position d'un voyeur où, en fait, la violence, les monstruosités, la douleur et la souffrance deviennent leur propre prétexte de lecture. »


Comme détonateur, elle cherche quelque chose de concret, qui lui parle, et ce sera « pour traiter de ce que je croyais impossible à maîtriser, c'était une petite bride, une chose concrète, une image issue du monde de ce qui était concret. »
Elle passe du concret à l’image et pour elle, ce symbole palpable sera le mors.
 

Le mors est en effet éminemment symbolique, instrument pour les bêtes de somme, que les Blancs esclavagistes faisaient porter à leurs esclaves, hommes et femmes, pour les « faire taire ». Et de préciser : « On l'utilisait aussi beaucoup pour les femmes blanches ».

On retrouve ce thème dans sa nouvelle Récitatif parue en 1983 et publiée dans la revue America, bâtie sur le destin de deux femmes, une noire et une blanche, dont l’objectif est de démonter la mécanique de l'oppression et de l'exclusion.
 

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