Thomas Piketty Le nouveau capital

    
                                          Le capital au XXIe siècle

Référence : Thomas Piketti, Capital et idéologie, éditions du Seuil, 1232 pages, 2019


Si le nouvel ouvrage de Thomas Piketty est considéré comme un événement, c’est sans doute pour ses idées peu conventionnelles qui tranchent de tous les crédos néo libéraux et du fait qu’il est aussi présenté comme la suite du Capital au XXIe siècle, centré sur le thème de l’histoire récente des inégalités qui a connu une succès mondial en 2014 ce qui est rarissime pour ce type d’ouvrage.

Comme le rappelle le journal The Guardian : « Le capital au XXIe siècle […] a été l’un des rares ouvrages d’économie à attirer les lecteurs en masse. » Comparé à la "Théorie générale" de John Maynard Keynes, paru en 1936, son aura a largement dépassé le cercle des économistes depuis la crise financière de 2008.
 

         
 

Il faut dire que les propositions qu’il formule dans Capital et idéologie font largement débat, comme le plafonnement des droits de vote des actionnaires, la remise d’une somme de 120 000 euros à tous les citoyens à l’âge de 25 ans, l’instauration d’un nouvel impôt progressif sur la propriété…
C’est dire s’il y a de quoi alimenter la polémique.

On ne peut pas dire cependant que l’auteur cherche les gros tirages : un "pavé" de 1232 pages pas forcément toujours facile à lire qui n’ont nullement rebuté les intellectuels et journalistes dont l’un d’eux l’a qualifié de « l’un des événements culturels de l’année ».
 

         
Sa femme Julia Cagé

De nouveau centré sur les inégalités qu’il pense n’être nullement une fatalité, son nouvel ouvrage se présente comme une analyse de ses causes idéologiques fondées sur les discours, les idées et les théories qui en sont le socle et sont tellement intégrées qu’elles paraissent naturelles.
 

Dans une interview, il dit qu’il faut « dépasser l'hyper-capitalisme actuel » et combattre en priorité les inégalités pour lutter contre un repli identitaire « extrêmement dangereux ». Il rappelle que de grands bouleversements idéologiques se sont déjà produits dans l'histoire. « On pense toujours que la structure des inégalités ne va pas changer, que les choses sont solides comme un roc. Mais toutes les idéologies finissent par être remplacées par d'autres systèmes d'organisation des relations sociales et de propriété. Il en ira de même avec le régime actuel », précise-t-il.
 

            
« L’Europe est synonyme de justice » 
Esther Duflo, Thomas Piketty, Emmanuel  Saez

 

Selon lui, « Nous avons besoin de reprendre le fil, calmement, sereinement, en essayant de discuter de solutions permettant de dépasser l'hyper-capitalisme actuel, à la lumière des expériences historiques. La bonne nouvelle, c'est que tous les régimes politiques inégalitaires finissent par se transformer ».

Mais il reconnaît aussi que cette évolution ne se produit pas sans soubresauts. « J'aimerais que cela puisse se faire paisiblement, par la délibération démocratique, avec des élections. Souvent, il y a des moments de crise imprévus, comme le Brexit. Dans ces cas, comme le démontre l'histoire, on a besoin d'aller puiser dans les répertoires d'idées produites dans le passé. »
 

     
                                                             Emmanuel Saez et Thomas Piketty

 

Toujours selon lui, c’est le moment de dépasser le capitalisme, de lui instiller des mécanismes « plus justes, plus décentralisés, faisant circuler le pouvoir, [sinon] on risque de continuer de donner de la force aux discours de repli identitaire et xénophobe. »
 

Thomas Piketty constate le bilan très mitigé des choix politiques faits depuis les années 80/90. On peut en voir les limites actuelles dans la mondialisation très inégalitaire, génératrice de replis nationalistes. Cette tendance, conjuguée à la chute du communisme, a donné les révolutions conservatrices de Ronald Reagan et de Margaret Thatcher, a permis l’essor d’une volonté d’auto-régulation des marchés et la sacralisation de la propriété. « Un mouvement qui est en train d'arriver à son terme », juge-t-il.
 

       
« Chaque société invente un récit idéologique pour justifier ses inégalités. »

 

Notes et références
[1] "Le Capital au XXIe siècle" a été traduit dans 40 langues, s’est vendu à plus de 2,5 millions d’exemplaires, au point qu’on a pu parler de "Pikettymania".

Voir aussi
* Régis Debray, Civilisation -- Edgar Morin, Les souvenirs... --
* Olivier Guez, Le siècle des dictatures - Boris Cyrulnik, La nuit, j'écrirai des soleils - Joseph Ponthus, A la ligne - Jérôme Fourquet L'archipel français -

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