Référence : Marie Robert, Kant tu ne sais plus quoi faire... il reste la philo, éditions Flammarion/versilio, 176 pages, avril 2018

« La philo n’est rien d’autre que la vie réelle ! »
Marie Robert

      

Rude tâche que s’est assignée Marie Robert dans sa volonté de vulgariser les grands auteurs de la philosophie. Elle se pose la question de savoir comment décloisonner la philosophie, la rapprocher des préoccupations des gens en étant plus concret.

Pas n’importe quelle vulgarisation puisqu’il s’agit de partir de la réalité quotidienne pour y réinsérer des concepts philosophiques. C’est tout l’objet de l’essai de Marie Robert, Kant tu ne sais plus quoi faire, il reste la philo.

 

      

 

Partir du concret, c’est viser des situations comme faire un achat [1], rencontrer ses beaux-parents, cohabiter avec un ado, se faire larguer, monter sa start-up pour expliquer avec beaucoup d’humour comment les concepts de la philosophie peuvent aider à comprendre les phénomènes qui se produisent dans ces interactions.  

 

Pour agrémenter la lecture, Marie Robert a prévu des chapitres courts et des sujets variés, ce qui permet aussi de passer d’un sujet à un autre au gré de ses curiosités sans être tenu par une lecture linéaire. Même si toute tentative de vulgarisation fait grincer des dents, c’est comme "la philosophe pour les nuls" qui aurait été réussi.

 

          
Que ferait FREUD à ma place ?               Que ferait Nietzsche à ma place ?

 

Philosophie, littérature et enseignement

Marie Robert explique d’abord sa démarche par sa découverte de la philosophie : « En terminale, la découverte de la philosophie fut soudain une évidence. Tous les questionnements qui m’habitaient trouvaient désormais un espace. Le langage, la mort, le temps, la vérité, n’étaient plu s des notions d’angoisse à ignorer mais des sujets de pensée auxquels se confronter. »



On comprend bien le sens de son travail dans sa démarche initiale : « Une chose me fascinait : quel statut conférer à tous ces textes, ces romans, qui ne sont pas vrais… des histoires inventées, mais qui ne sont pas faux pour autant puisqu’ils nous permettent de saisir quelque chose sur la réalité ? »



Et de citer Madame Bovary qui pour elle représente une réflexion philosophique sur des thèmes comme l’ennui, le désir, la contrainte…. Reste à relier fiction et réalité, défi qui ne peut que passer par la pédagogie.

 

La pédagogie, elle s’y est engagée un jour en enseignant dans le seul Lycée Montessori de France avec comme défi d’être une passerelle entre les élèves et le savoir à enseigner. Puis elle a réussi à ouvrir sa propre école à Marseille pour des enfants entre 3 et 12 ans. Un parcours qu’elle qualifie « de mélange de passions, d’obsessions et de paradoxes ! »

 

           

 

Rendre les philosophes plus accessibles

Pour, comme elle dit, désacraliser les textes classiques, « il faut oser s’emparer d’un ouvrage de Kant ou de Spinoza, regarder le texte dans toute sa singularité et dans toute sa difficulté. Surtout, il faut ne pas s’en vouloir si on ne comprend pas tout ! La philo ne doit pas se couper des émotions. Pas besoin d’être philosophe pour être lecteur ! A force de lire, de découvrir, de se promener parmi ses textes, on se constitue une culture philosophique qui donne des clés de compréhension…

 

Une autre clé d’approche est de replacer les textes dans le contexte de leur époque car, dit-elle, « les philosophes s’incarnent dans une époque, dans des problématiques, dans une famille, dans une culture… » Et les philosophes ont aussi leurs affects !


Elle préconise également d’ajouter un brin de sel… humoristique, antidote contre la logique binaire d’Aristote, moyen de contester « les fondements de notre univers symbolique, il nous fait réfléchir… Rire, c’est prendre du recul et contempler le monde d’une manière inédite, audacieuse, décalée ! »

 

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La philosophie comme sagesse

L’approche pédagogique consiste à partir du concret pour aller vers le concept : « Pour saisir une notion, il faut comprendre comment elle s’articule dans des situations réelles, alors on en découvre la nécessité : c’est à ce moment-là que la philosophie quitte son approche poussiéreuse pour devenir une sagesse. »

 

Plus qu’uns solution clé en mains, Marie Robert se propose de nous guider pour savoir comment mieux prendre du recul et considérer telle situation sous un nouveau jour : « Boire un café avec Spinoza, c’est prendre ce temps pour penser au lieu de réagir. »

 

Puisque Marie Robert aime beaucoup le registre de l'humour, je lui dédie cette citation de Pierre Desproges : « Quand un philosophe me répond, je ne comprends plus ma question. »

 

 

Note et références
[1] Le décllc, c'est une viste chez Ikéa. Elle est angoissée de ne pas trouver ce qu'elle cherche et oppressée par la dimension du magasin. « J'étais en sanglots. Je me suis dit qu'il fallait que je trouve un moyen de me ré-ancrer et c'est là que les pensées de Spinoza m'ont aidée. » Appliquer le précepte clé du désir comme pulsion du grand philosophe est parvenu à la calmer.

 


« Si la philosophie existe, c'est qu'elle a son propre contenu. » Gilles Deleuze.

 

Voir aussi
* Marie Robert, Descartes pour les jours de doute, éditions Flammarion/versilio, 208 pages, avril 2019
* Sarah Tomley, Que ferait Freud à ma place? La psycho appliquée à mon quotidien,  éditions Hachette, février 2018

* Marcus Weeks, Que ferait Nietzsche à ma place? La psycho appliquée à mon quotidien,  éditions Hachette, février 2018
* Jean-François Marmion, Psychologie de la connerie, éditions Sciences humaines,  octobre 2018
* Mes fiches sur :
   - Denis Kambouchner, Descartes n’a pas dit, spécialiste de Descartes
   - Sarah Bakewell, Sur Montaigne --

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