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6 juin 2017 2 06 /06 /juin /2017 11:02

Andalousie mai 2017


Circuit andalou - mai 2017

Ici, s’étale toute la beauté des villes
Fières de leurs palais de Grenade et Séville,
La mosquée de Cordoue, la faille de Ronda,
Des hauts de Mijas aux plages de Malaga.

Ici s’exprime cette tension de la danse,
Des flamencos hiératiques jusqu’à la transe
Malgré l’ambiance, la touffeur d’un air pesant
Qui parcourt rues et cours des quartiers sévillans.

Ici s’affiche la grâce des arabesques
Stylisées, redondantes, des motifs mauresques :  
Le symbolisme précis d’un style aérien
Contre l’arrogance des palais chrétiens.

Autre contraste puisé dans la tradition,
Ancrée dans la pureté d’un ciel de plomb :
La chaleur qui exsude le jour sa torpeur 
Se dilue le soir dans la danse du matador.

Ici sommeille la quiétude des jardins
Dans une eau limpide et la fraîcheur du matin,
Loin du littoral, de ses plages de nudistes,
Où grouille la foule bigarrée des touristes.

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< Christian. Broussas • © CJB  ° • 24/05/ 2017  >
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16 février 2017 4 16 /02 /février /2017 17:37

Roger Vailland, fidèle à lui-même, joue avec ses contradictions, surtout à cette époque qu’on pourrait nommer sa « saison cinéma », [1] parce qu’il écrit alors plusieurs scénarios pour le metteur en scène Roger Vadim. [2]

        
La famille Vailland (avec sa soeur Geneviève et ses parents)

 

Période de réflexion, période de "vacance de l’écriture", surtout consacrée à une remise en ordre de son œuvre et de ses idées, qui débouchera l’année suivante sur la parution d’une compilation de ses textes centrés sur le libertinage, qu’il intitule Le regard froid où il revient à son cher XVIIIème siècle.  

Ce "libertin au regard froid" [3] a pris ses distances vis-à-vis du Parti communiste, Beau masque est déjà bien loin et il renoue avec le grandes figures qu’il connaît bien, Choderlos de Laclos [4] et le marquis de Sade. Ses scénarios seront d’ailleurs centrés sur ces deux auteurs, versions contemporaines intitulées Les Liaisons dangereuses 1960 et Le vice et la vertu en 1963, déclinaison moderne de la Justine de Sade. Retour à ses racines en quelque sorte, comme si le communisme n’avait été dans son parcours, qu’une parenthèse.

           
Les 2 films importants de Roger Vadim d'après un scénario de Roger Vailland

 

D’où cette réflexion qu’on trouve dans ses Écrits intimes sur L’homme bolchevik déchu, cet "homme de qualité" qui constituait son modèle, un peu honteux de montrer ce faste ostentatoire au camarade communiste qu’il doit rencontrer mai qui, d’un autre côté représente un défit au système capitaliste en utilisant ses symboles les plus édifiants, la Jaguar dans laquelle il se pavane avec sa femme Élisabeth et le luxe somptueux de l’hôtel Carlton où ils sont descendus :

« Cannes le 13 septembre 1962
Comme beaucoup d’intellectuels de ma génération (cela a même commencé au XVIIIème siècle), j’ai passé une bonne partie de ma vie à essayer de découvrir le "bon sauvage". Passage sans doute nécessaire aux esprits les  plus vifs des nations les plus organisés, etc.
 Entre Nice et Cannes avant-hier, dans ma Jaguar, X.,  mon idéal-sauvage bolchevik ne parvenait que mal à dissimuler sa peur. Et s’arrangea pour ne pas être descendu exactement au lieu de son rendez-vous, afin que le camarade avec qui il avait rendez-vous ne le voie pas descendre d’une Jaguar. »

     
Roger Vailland avec Roger Vadim       Chez lui, dans son bureau de Meillonnas

 

Derrière ses visites nocturnes et la rencontre avec son ex belle-sœur, point aussi les souvenirs amers de sa vie avec Andrée, sa première femme, relations qu’il a mis en scène dans son roman Les Mauvais coupsRoberte (son prénom dans le roman) se suicide à la fin comme le fera Andrée quelques mois avant ce voyage à Cannes qu’avait entrepris Roger Vailland et qu’il relate dans ses souvenirs. Derrière le ton badin, le propos factuel, sourd la blessure d’une passion ravageuse qui l’a marqué à jamais. D’où cette relation qu’entreprit Vailland dans ses Écrits intimes :

« Déjeuner avec Claire Brandeis [4] la sœur d’Andrée Blavette ma sauvage des années 36-46 qui s’est jetée du quatrième étage de la rue Auber. D’autres cherchent maintenant leurs sauvages parmi les paysans des pays sous-développés.
Après malentendu avec les call-girls du Carlton, nous avons fait l’amour dans son meublé sans eau avec Marie-Pierre, putain de la rue d’Antibes, 23 ans, toulousaine, noire, les traces du couvre-seins et du maillot encore plus mince, blancs, blessures, que Monique de Lyon, très gentiment…

Le déjeuner avec Claire (dont j’essayais de retrouver le nez droit, le beau front, dans le visage flétri sous les cheveux blancs) et son récit pourtant médiocre d’Andrée Blavette, sans me provoquer aucun mouvement du cœur (afflux de sang) m’avait étrangement alourdi, comme une pesanteur ventrale et, par affinité, avait angoissé Élisabeth, si bien que l’après-midi fut pénible, le temps ne s’éclaircit que peu à peu par la conversation et la légèreté ne fut reconquise qu’après nos caresses à Marie-Pierre. »

                         
Roger devant une œuvre de Costa     Avec sa femme Élisabeth dite Lisina

 

Le lendemain, il va s’installer avec Élisabeth pour 3 semaines sur l’île de Porquerolles chez le compositeur Jean Prodromidès. Comme ça lui est parfois arrivé, il repart chez lui à Meillonnas dès le lendemain pour reprendre son travail sur Le Regard froid. Dans sa jeunesse en 1926, il avait proposé à son ami Roger Gilbert Leconte d’ouvrir un restaurant près de Juan-les-Pins en lui disant « What a businessman » !

Roger Vailland allait bientôt arrêter toute collaboration avec le cinéma, ses déconvenues et ses juteux revenus pour se lancer dans la rédaction de La truite, son nouveau roman, qui sera aussi le dernier ; La Truite, cette naïade qui s’échappe toujours, prompte à glisser entre les doigts des hommes comme cette vie en train d’échapper à Roger Vailland.

        
Les liaisons dangereuses 1960                  Le vice et la vertu (1963)

 

Notes et références
[1] Sa "saison cinéma" est marquée particulièrement par : Les Liaisons Dangereuses (1959), de Roger Vadim, Et mourir de plaisir (1960), de Roger Vadim, d’après un roman de Sheridan Le Fanu, La Novice (1961) d’Alberto Lattuada, d’après le roman du Guido Piovene, Le Jour et l’Heure (1962)de René Clément, Le Vice et la Vertu (1963) de Roger Vadim, 325 000 francs (1964) de Jean Prat, d’après son propre roman.

[2]  Les Liaisons dangereuses 1960 (1959), transposition de l'univers de Laclos dans la haute bourgeoisie des années cinquante ; Le Vice et la vertu (1963) qui mélange personnages sadiens et période de l'Occupation.
[3]  Un "libertin au regard froid", titre de la biographie de Vailland écrite par Yves Courrière, éditions Plon, 1991
[4] Voir ma fiche Laclos par lui-même consacrée à l’essai de Vailland sur Laclos, parue sur Wikipedia
Voir aussi l’article d’Elizabeth Legros Regards de Vailland et Malraux sur Laclos
[5] Voir ma fiche Wikipedia consacrée à La Truite


Avec Jeanne Moreau

 

Références bibliographiques
* Roger Vailland et le cinéma --
* Jean Recanati, Esquisse pour la psychanalyse d’un libertin --

* Accès au site Roger Vailland --

<><> • • Christian Broussas • Vailland 1962 • °° © CJB  °° • • 2014 <><>

 

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16 février 2017 4 16 /02 /février /2017 17:26

Une région qui inspire les écrivains.

En Bretagne, chantent le vent et la mer, se conjuguent insularité et liberté, la littérature court le long des côtes et se faufilent dans ses îles.

          
                                                                        Combourg "berceau du romantisme"

Commençons bien sûr par Châteaubriand (1768-1848), le plus illustre, pensant  à la terre de ses ancêtres, songeant au château de Combourg ou aux remparts de Saint-Malo.  Toujours recherchant sa muse, sa "sylphide" qu’il aperçut paraît-il dans sa prime jeunesse, dans quelque bocage. Son  tombeau, isolé  sur l’îlot du Grand-Bé, a été chanté par Xavier Grall (1930-1981) dans son Rituel breton : « Par les landes et par les grèves, par-dessus les noirs clochers de Saint-Pol-de-Léon et les hauts murs de Saint-Malo », une inspiration qui va de l’estuaire de la Rance à la Côte d’émeraude, [1] qui le mène aussi près des oiseaux des Glénan et du « sourire de Concarneau. »

            
       Xavier Grall                                Tristan Corbière                      Eugène Guillevic

 

à Morlaix avec un enfant de la ville,  Tristan Corbière (1845-1875), l’auteur des Amours jaunes, « mélange adultère de tout » disait Jules Laforgue, mort à 30 ans de la tuberculose. À Landivisiau, on retrouve Xavier Grall, sa ville natale, le regard rivé sur la "Bretagne, ma demeure".

Si le poète Saint-Pol Roux (1861-1940) était marseillais, il n’en avait pas moins choisi de vivre en Bretagne. Établi d’abord à Vannes en 1883, il s’installe cinq ans plus tard à la Pointe des espagnols dans le village de Roscanvel puis dans le manoir de Camaret, qu’il appelle "Coecilian", du nom de son fils mort à Verdun.  Entre la pointe de Saint-Mathieu et la pointe de Pen-Hir, il se confie « à la vie de la brise sur l’être et du matin dans l’âme. » Dans les Fééries intérieures, il dit choisir l’image  la raison et les ajoncs émergeant de la pierre à la lumière du sud.

              
Saint-Pol Roux en 1937                        "Coecilian", Son manoir de Camaret

 

Le brestois Henri Queffélec (1910-1992) a chanté son amour pour la côte bretonne, d’Ouessant au sud Finistère. L’île d’Ouessant, l’île qui « repose à même la sauvagerie du monde comme l’œuf de la mouette sur la pierre de la grotte, le poisson dans l’épaisseur de la mer. » Au crépuscule, on peut y voir « un soleil rose-œillet-des-dunes glissant comme un carrelet dans le sable du ciel. » On le retrouve le long des côtes vers Sizun, ses plages ceintes de piques rocheuses rappellent son roman Tempête sur Douarnenez. Dans un autre roman, le plus célèbre, Le recteur de l’île de Sein, il décrit l’île comme « longue et pleine de présences humaines, s’étirant sur la mer… comme une oasis ».

         
Henri Thomas                                      Henri Queffélec                      Georges Perros

 

Plus au sud dans le Morbihan, on atteint Carnac et son paysage typique de criques, de pointes rocheuses, de genêts…  veillés par une horde de menhirs dressés dans la lande. Eugène Guillevic y a puisé son inspiration : « Oui, je t’ai vu sauvage, hors de ta possession / Devant endosser les assauts du vent. »  

Encore plus au sud, on rejoint Belle-Île la bien nommée, son plateau venteux et ses insondables falaises découpées puis Houat,  l’île que chanta Henri Thomas (1912-1993), poète-romancier bien oublié [2] qui aimait « sa terre déchiquetée… la plénitude qui vient de l’union de la mer et des fragments de terre émergée, respirant ensemble aux marées ».

 
Côte de Belle-Île                                                                            Île d’Houat

 

En complément : madame de Sévigné aux Rochers
Du côté de Vitré se dresse Les Rochers, un curieux château du XIVème siècle largement remanié ensuite, celui de Marie de Rabutin-Chantal, marquise de Sévigné. Un ensemble plein de charme mais déséquilibré, fait de bâtiments imbriqués les uns dans les autres, de tourelles en pointe dominées par une tour massive, d'autres bâtiments aux ailes, assez dissemblables.

Mais la marquise aimait surtout ses extérieurs, le parc qu'elle a fait réaliser sur des plans de Le Nôtre, parsemé de nombreuses allées propices aux promenades. Dans une lettre à sa fille madame de Grignan, elle en vante les qualités : « Il me plaît de m'y promener le soir jusqu'à huit heures; mon fils n'y est plus. Cela fait un silence, une tranquillité, une solitude que je ne crois pas qu'il soit aisé de rencontrer ailleurs. »

Elle adore admirer « les petits arbres qui sont d'une beauté surprenante... Rien n'est si beau que ces allées que vous avez vues naître. » Elle s'enthousiasme lors de l'éclosion du printemps « de petits boutons tout prêts à partir, qui font un vrai rouge; et puis il y pousse à tous une petite feuille  et, comme c'est inégalement, cela fait un mélange trop joli de vert et de rouge. »

L'hiver l'inspire moins, elle se cantonne alors au coin du feu, lisant ou devisant, se réfugiant parfois dans sa chambre qu'on appelait "le cabinet vert". Son cousin, le remuant Bussy-Rabutin, confiné en son château bourguignon près de Montbard, lui écrivait des poèmes, comme ces deux vers qui terminent l'un d'eux :
« Et que vous passer aux Rochers
Des moment à tous autres chers. »

             
Le château des Rochers-Sévigné

 

Notes et références
[1]
Chaque année une scène du festival des Vieilles charrues de Carhaix porte son nom.

[2] Henri Thomas trusta les prix littéraires, successivement prix Sainte-Beuve, prix Médicis (1960), prix Fémina (1961), prix Valéry-Larbaud, grand prix de poésie de l’Académie française (1990), grand prix de littérature de la SGDL et prix Novembre (1992)

 

Mes fiches référence
* Ma fiche Georges Perros et la Bretagne --
* Ma fiche sur le voyage en Bretagne de Gustave Flaubert et son ami Maxime Du Camp en 1839 : Par les champs et les grèves.

 

Voir aussi : Bretagne et littérature
*
Châteaubriant, Mémoires d’Outre-tombe : Monument littéraire où il évoque largement son enfance bretonne

* Irène Frain, La maison de la source : la romancière bretonne nous plonge dans son enfance, un père maçon, une mère couturière qui veulent pour leurs enfants une vie meilleure.
* Pierre-Jakez Hélias, Le cheval d’orgueil : Le pays bigouden au début du 20ème siècle.
* Pascal Quignard, Les solidarités mystérieuses : une jeune femme décide de revenir vivre sur les terres de sa jeunesse.
* Éric le Nabour, La louve de Lorient : Le milieu des armateurs dans l’entre-deux-guerres.
* Bernard Simiot : Ces messieurs de Saint-Malo : le premier tome de la fameuse trilogie des Carbec qui débute sous Louis XIV.
* Louis Guilloux, Le pain des rêves : Beau récit d’une famille pauvre les Nédelec dans une petite ville bretonne, juste avant la Grande guerre.
* Jean-Marie Déguignet, Mémoire d’un paysan bas-breton dans la seconde partie du 19ème siècle, autobiographie d’un non-conformiste.

<<< Christian Broussas – Bretagne 24/01/2017 < • © cjb © • >>>

 
 
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16 février 2017 4 16 /02 /février /2017 16:02

Valentin, le 14 février c'est sa fête

       

Au Moyen Âge, les Anglais ont décidé que la fête d’un obscur Saint-Valentin coïncidait avec le début de la saison des amours chez les oiseaux. Du coup, il devenait ainsi le patron des amoureux. Ainsi sont nées également ce qu’on a appelé les « valentinages », danses paysannes où les couples se constituent par tirage au sort, tradition qu’on trouve chez le poète Chaucer en 1381 et qui a ensuite été exportée en France surtout par l’intermédiaire du poète Charles d’Orléans revenant d’un exil en Angleterre.

Au tout début du XVème siècle, le roi de France Charles VI choisit le jour de la Saint Valentin pour fonder une « cour d'amour », c'est-à-dire un cercle poétique, variante de "l'amour courtois" médiéval. Au XIXe siècle, on trouvait des « valentines », cartes postales ornées de cœur qu’on utilisait pour déclarer son amour.

      
Cartes postales de Saint-Valentin : du 19e siècle et anglaise

Ce fameux Saint-Valentin était en fait un évêque italien qui vivait au IIIème siècle et aurait guéri le fils d’un philosophe qui, pour le remercier, aurait embrassé la foi catholique. Mais le préfet de Rome l'ayant appris l'aurait alors fait décapiter... un obscur petit Saint que l'Église a même parfois snobé...

C’est sans doute ce qui explique que l'Église catholique ait attendu 1496 pour entériner un Saint-Valentin patron des amoureux mais sans reconnaître les « valentinages ». Ce qui ne l’empêchera pas dans une époque plus récente de vouloir "récupérer" le succès de cette fête pour réfléchir par exemple sur la notion de fidélité, pour en faire en quelque sorte le premier pas vers le mariage.

Autre piste : les Romains
Sacrés romains qui célébraient à la mi-février les Lupercales (du latin « lupus », le loup), référence à la Louve qui allaita les jumeaux fondateurs de Rome, et donc symbole de la fécondité. Sacrée cérémonie aussi, avec banquet, sacrifice d'un bouc et... femmes recevant des coups de lanières censés leur apporter la fécondité désirée.

l'Église bien entendu ne l'entend pas de cette oreille En 495, le pape Gélase supprime les Lupercales pour les remplacer par la Saint-Valentin, qui se fêtait déjà le 14, considérée dès lors comme le protecteur des couples, simplement parce que la date coïncidait.*

      

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30 janvier 2017 1 30 /01 /janvier /2017 15:52

Romantisme au Pays basque

 

                     
                                                                                      La villa Etchegorria

« C’est la nuit qu’il est beau de croire à la lumière. » Edmond Rostand

 

Edmond Rostand (1868-1918), un homme comblé ? À tout  juste 29 ans, il connaît le succès immédiat avec son Cyrano de Bergerac et trois ans plus tard, ce sera L’Aiglon avec Sarah Bernhardt. [1]  Il s’installe alors avec sa femme, la poétesse Rosemonde Gérard, [2] et ses deux fils, Maurice futur poète et Jean futur biologiste, dans la villa Etchegorria, la "villa rouge".

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Façade de L’Arnaga                                                         Intérieur, la salle du piano

 

Au bout de 15 jours, il en est très satisfait, écrivant à un ami : « Peu à peu, je me suis habitué au pays, à ma maison, aux êtres qui m’entourent ; et je pense aujourd’hui que c’est le seul endroit de la terre où  je pense goûter encore quelques plaisirs et où sans doute, je finirai mes jours. » À la recherche d’un terrain, il en découvre un à Cambo-les-Bains, superbement placé et surplombant la Nive. C’est là qu’il va faire construire sa maison, L’Arnaga, l’une des plus belles maisons d’écrivains qu’on puisse visiter. 

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Sur une plaque au-dessus de la porte d'entrée sont gravés ces mots de Rostand :

            « Toi qui viens partager notre lumière blonde
            Et t'asseoir au festin des horizons changeants,
            N'entre qu'avec ton cœur, n'apporte rien du monde
            Et ne raconte pas ce que disent les gens.

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Cyrano de Bergerac au Carré Rondelet Montpellier     La salle de la bibliothèque

 

La maison de style néo-basque alors en vogue, doit beaucoup à Rostand qui participa à la réalisation des plans puis dessina les jardins franco-anglais ainsi que la pergola. Le décor intérieur est adapté à chaque pièce : l’imposante fresque très lumineuse du grand salon, le style oriental du petit salon ou l’imposant bureau Empire.  Malgré l’échec de sa nouvelle pièce Chanteclerc, il s’y sent bien. Il y reçoit ses amis comme Gabriele d’Annunzio ou Paul Faure, certains venus en voisin comme Pierre Loti ou Francis Jammes. À l’un d’eux qui lui demandait ce qu’il pouvait bien faire dans cet endroit reculé, il répondit (en vers) :

            «  Ce que je fais, monsieur ? des courses dans les bois,
            À travers les ronciers qui me griffent les manches ;
            Le tour de mon jardin sous des arceaux de branches ;
            Le tour de ma maison sur un balcon de bois. »

 

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Paul-Jean Toulet : Retour au pays

« Il y a des pluies de printemps délicieuses où le ciel a l’air de pleurer de joie. » PJ Toulet

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Le poète Paul-Jean Toulet (1869-1920) fit plutôt le chemin inverse. Il eut une jeunesse contrastée, perdant sa mère à sa naissance tandis que son père repart pour l’île Maurice. Le jeune garçon est alors confié à un oncle qui habite Bilhères dans la vallée d’Osso. Après quelques années de voyages, trois ans à l’île Maurice puis un an à Alger, ce natif de Pau, rejoint la capitale où il mène une vie de bohème. Il en garde cependant une grande nostalgie de son Pays basque natal qu’on retrouve dans ses écrits : « Ce sublime aréopage de montagnes et les collines recourbées, et les arbres lointains du vieux parc ; tout ce décor qui a ri à tant de mes joies passagères… »

 

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Mais au fil des années, le mal du pays est le plus fort et en 1912, il veut revoir «le bleu léger des Pyrénées  » et revient s'installer chez sa sœur, à Saint-Loubès, au château de la Rafette où leur tante maternelle vit avec son mari Aristide Chaline qui a racheté le château. Puis, après son mariage, il s’établit à Guéthary,  au bord de l’eau dans la maison Etcheberria, au toit plat et aux volets verts, « à Guéthary, la mer par une fenêtre, un carré bleu tendre et des oiseaux qui passent continuellement dans le même sens. » Dans une lettre à madame Claude Debussy, il s’en moque quelque peu, écrivant « Ma hutte s’appelle Etcheberria, ce qui veut dire "maison neuve", nom plein d’originalité, surtout quand on sait qu’elle est presque aussi dégradée que l’empereur d’Autriche. »

 

                 

           

C’est dans la quiétude du lieu qu’il écrira et publiera peu avant sa mort, son roman La jeune fille verte et, à titre posthume,  son recueil de poèmes Contrerimes où se trouve ces vers :
« Et grave ces mots sur le sable :
Le rêve de l'homme est semblable
Aux illusions de la mer... »

Malade, il meurt à 51 ans et l’on retrouvera un dernier feuillet sur sa table de nuit, souvenirs de ce gave qu’il aimait tant :
« E le gave où l’on allait nager
Enfant sous l’arche fraîche
Et le verger rose de pêches,
Gave aux rondes trop fraîches,
Au retour, on cueillait des pêches,
Enfant, cœur léger. »    

 

            

            

Notes et références
[1] Mal remis d'une pleurésie après la première représentation de L’Aiglon, il part quelques mois après en convalescence à Cambo-les-Bains
[2] Rosemonde Gérard (son nom de jeune fille) avait pour parrain Leconte de Lisle et pour tuteur Alexandre Dumas. Edmond quitte Rosemonde en 1915 pour son dernier amour, l'actrice Mary Marquet. 

Voir aussi
* Poèmes de Paul-Jean Toulet --  PJ Toulet sur PaperBlog --

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30 janvier 2017 1 30 /01 /janvier /2017 12:50

La fête de l’Épiphanie

Début janvier : fête de l’épiphanie
(premier dimanche après le 1er janvier)

 

     

   

D'un mot grec qui concerne une apparition, l'Épiphanie désigne plusieurs manifestations du Christ au monde : la Chandeleur (présentation de l'Enfant Jésus au Temple), le baptême du Christ dans le Jourdain et la transformation de l'eau en vin aux noces de Cana (premier récit d'un miracle de Jésus).

La tradition populaire a restreint l'usage du mot Épiphanie à la visite que rendirent des mages venus d'Orient à l'Enfant Jésus. Ces mages (sans doute des prêtres zoroastriens) symbolisent l'hommage de la science et du savoir à la pauvreté évangélique.

Selon le récit qu'en fait Saint-Matthieu(2,1-12), les mages furent guidés jusqu'à la crèche de Bethléem par une étoile mystérieuse. Une fois arrivés, ils déposèrent devant la crèche l'or, qui évoque la richesse terrestre, la myrrhe, qui accompagne les hommages rendus à un roi à sa mort, et l'encens qui honore la divinité.

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Ce récit, qui n'a pas de fondement historique, a été enjolivé au cours du Moyen Âge. Les mages sont devenus trois Rois prénommés Gaspard, Melchior et Balthazar. L'un d'eux était noir en témoignage de l'universalité du message évangélique.

L'Épiphanie est traditionnellement fixée au 6 janvier mais pour plus de commodité, l'Église catholique la célèbre le dimanche qui suit le 1er janvier. C'est aussi ce jour-là qu'est tirée la traditionnelle galette des Rois. La fève cachée dans la galette rappelait à l'origine l'Enfant Jésus que les mages avaient longtemps cherché en suivant l'étoile.

À noter qu'en Espagne, ce sont les Rois mages qui distribuent des cadeaux aux enfants sages le jour de l'Épiphanie (et non pas à Noël).

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Andrea Mantegna, Adoration des mages, Triptyque des Offices (~1460)

Les 3 rois mages rendent hommage à l'enfant Jésus qui en retour effectue un signe de bénédiction. Jésus, Marie et Joseph sont auréolés et habillés simplement, tandis que les rois portent des vêtements et des bijoux luxueux. Au premier plan, Gaspard présente une coupe de porcelaine chinoise remplie de pièces d'or. Derrière lui, Melchior le jeune barbu tend un encensoir turc et Balthazar, sur la droite, tient une coupe fermée faite de jade.

 

En complément, un petit quiz :

1- Les premières fèves en porcelaine apparaissent :

En 1530 En 1874 Pendant l’antiquité

2- D’où vient le nom frangipane ?

D’un italien Pompéo Frangipani, maréchal de France sous Louis XIII D’un pâtissier français Eugène Frangipane Du frangipanier, un arbuste à fleurs originaire des Antilles

3- La "Coca" est une spécialité régionale :

Du Sud Ouest De Provence Des États-Unis

4- Un collectionneur de fèves s’appelle :

Un flabophile Un fèvophile Un fabophile

5- La tradition de la galette des rois à l'Élysée a été mise en place : 

En 1982 sous François Mitterrand En 1975 sous Valéry Giscard d'Estaing En 1960 sous le général de Gaulle

<<< Christian Broussas –L'Épiphanie - 18/12/2016 < • © cjb © • >>>

Réponses : 2 + 1 + 1 + 3 + 2

 

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21 janvier 2017 6 21 /01 /janvier /2017 13:39

La caisse des dépôts, un monde à part, un secret bien gardé

Sophie Coignard, Romain Gubert, "Enquête sur le coffre-fort des Français", éditions du Seuil, 2016

        Les auteurs

 

On dit que la Caisse des Dépôts et Consignation -la CDC-  est un état dans l’État. Une délicatesse pour signifier qu’elle est à la fois LA puissance financière et en même temps, sous la coupe du ministère de l’économie et des finances et des plus hauts personnages politiques.



La CDC s’occupent de multiples tâches, et non des moindres. Elle veille sur l'épargne des Français et est même leur premier assureur, finance une partie des retraites, le développement des collectivités locales et le logement social.

 

Tout cela fait déjà beaucoup mais elle est aussi propriétaire de stations de ski comme La Plagne, Les Arcs, Tignes, du Futuroscope, du parc Astérix, de la salle Pleyel, des restaurants Quick ou encore du fort onéreux Théâtre des Champs-Elysées. On la trouve un peu partout.

 

Bien sûr, elle est très, très riche, c’est son pouvoir, un immense pouvoir. Derrière l’orgueilleux décor ultra moderne de sa façade de la rue de Lille, le jeu d’ombres chinoises peut se mettre en place. Dans les lambris de la république, sans ostentation. Sa communication, très au point, a fait son œuvre autour de thèmes aussi alléchants et consensuels que la promotion de la femme, l'aide aux P.M.E et P.M.I. ou encore le développement durable.

                  

 

Mais l’envers du décor, c’est l'Élysée qui peut y puiser à l’envi pour aider tel ami un peu gêné comme Luc Besson, François de La Brosse, Henri Proglio ou François Sarkozy. Autant d’obligés à qui on peut le rappeler à l’occasion… Rien n’est gratuit.
Avec Sophie Coignard et Romain Gubert, il fallait s’attendre à une enquête pleine de surprises… instructive et édifiante. Beaucoup d’interventions qui devraient sortir du cadre des activités de la CDC, comme les activités artistiques ou les "amitiés de la première dame" ou même certains rapprochements industriels.

 

Encore plus étonnant : la CDC a été accusée de fournir un soutien logistique aux djihadistes en Syrie. Ils gèrent des dizaines de milliards mais ne s’oublient pas au passage : notes de frais à rallonge, voitures de fonction, salaires incroyables complétés de nombreuses primes et parfois d’honoraires impressionnants... Et quand ce n'est pas directement eux, ce sont les amis du régime qui en profitent.

 

La Caisse des dépôts a même eu les honneurs du magazine allemand Spiegel, ce dont elle se serait bien passée : le 4 décembre 2015, Pierre-René Lemas est de fort méchante humeur. Il vient de lire cet article qui accuse sa banque… d’aider Daech. Rien que ça ! Une histoire de soutien logistique (indirect quand même) via Eutelsat, une entreprise qui s’occupe de transmissions satellites dont elle possède un bon quart du capital.

 

On apprend que les têtes pensantes de l’État islamique utilisent les services d’Eutelsat (entre autres) pour leurs communications en passant par des intermédiaires, revendeurs de matériel installés en Turquie, juste de l’autre côté de la frontière syrienne.

 

Le Spiegel précise en particulier que « si elles le voulaient, les compagnies de  téléphone satellitaires pourraient couper à tout moment les services utilisés par Daech » et ceci est d’autant plus « inconfortable pour le gouvernement français qui détient un quart de l’opérateur à travers la Caisse des dépôts, un établissement public ».

 

Et ce n’est pas la première fois que ce problème se pose.
En 2011, elle avait déjà été impliquée pour ses participations financières dans des entreprises accusées de faire des affaires juteuses avec des dictatures. [1]

 

Dans le même temps, la Caisse des dépôts avait été chargée de récupérer quelque 400 millions de dollars de la Fondation Kadhafi pour les répartir entre les victimes de l’attentat contre le vol UTA de septembre 1989 qui avait coûté la vie à 54 Français.

               

Revenons au fonctionnement interne et à ce qu’on appelle là-bas pudiquement les « énarques sur étagère ». Curieuses expression pour désigner ces hauts fonctionnaires (jusqu’à une cinquantaine de personnes !) grassement payés pour ne rien faire parce que, justement, on ne sait pas quoi en faire, étant sans affectation,  ambassadeurs ou préfets par exemple, sans poste correspondant à leur niveau ou "politiquement incompatibles".


« Atmosphère étouffante » dit l’un d’eux qui a été mis au placard pour avoir dans un rapport critiqué la stratégie de l’institution dans son domaine. Dans ces conditions, pas question lui avait dit son responsable, de devenir un jour sous-directeur, objectif ultime pour beaucoup semble-t-il, de l’ascension sociale.
Une ambiance et des pratiques pas vraiment motivantes.

 

Par contre ajoute-t-il, « beaucoup de personnes restent quand même à la Caisse des dépôts parce que c’est un des territoires de l’État où l’on gagne bien sa vie, sans compter les avantages en tout genre... »
Propos bien sûr très officieux dans ce milieu ouaté où un simple éternuement risque de faire trembler la maison.

 

Notes et références
[1] Par exemple le FSI (Fonds stratégique d’investissement), filiale de la CDC, actionnaire de Qosmos et Amesys qui vendaient des programmes de surveillance des opposants à la Syrie de Bachar el-Assad, ainsi qu’à la Libye de Mouammar Kadhafi.

 

Voir aussi
* Revue Challenges : Le fonctionnement anachronique de la CDC --

<< Christian Broussas – Val de Loire,  17/01/2017 < • © cjb © •>>

 

 

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20 janvier 2017 5 20 /01 /janvier /2017 20:24

Les écrivains et leurs maisons en région Centre/Val de Loire

 

Cette région est particulièrement bien dotée en itinéraires et superbes maisons d’écrivains, en particulier les départements de l’Indre-et-Loire, du Loir-et-Cher et du Loiret . Suivez-moi pour un petit parcours littéraire.

 

Commençons du côté de Chartres, vers Épuisay, avec le manoir de Bonaventure à Mazangé cher à Alfred de Musset (1810-1857). L’enfant terrible du romantisme y passa souvent ses vacances dans sa jeunesse. Il suffit de parcourir quelques kilomètres pour découvrir un autre manoir, celui de La Possonnière, à Couture-sur- Loir, pour entrer dans la maison natale de Pierre de Ronsard (1524-1585). On peut y admirer les jardins, la cour intérieure et le corps de logis entièrement restaurés. La forêt de Gastines, qu’il célébra dans Amours de Cassandre en 1552, est toute proche :

 

      « Sainte Gâtine, ô douce secrétaire
       De mes ennuis, qui répond en ton bois,
       Ores en hautes ores en basse voix,
       Aux longs soupirs que mon cœur ne peut taire… »

Près de Tours, à La Riche, se trouve le prieuré de Saint-Cosme que Ronsard, devenu célèbre poète de cour, habita jusqu’à sa mort.

 

 
Manoir de Mazangé, Loir-et-Cher                  Manoir de La Possonnière, Loir-et-Cher

 

De là, partons sur les bords de l’Indre, où se passe son roman Le lys dans la vallée,  pour visiter le musée de Saché consacré à Honoré de Balzac (1799-1850) qui y séjourna entre 1823 et 1837. En 1833, il écrit ainsi à sa chère madame Hanska : « Saché est un débris de château sur l’Indre dans une des plus délicieuse vallées de Touraine. Son propriétaire  m’a fait jadis sauter sur ses genoux… Je vais toujours méditer là quelque ouvrage sérieux. Le ciel y est pur, les chênes si beaux, le calme si vaste… »

 

http://p3.storage.canalblog.com/36/40/1080897/114299617.png    http://p3.storage.canalblog.com/37/18/1080897/114299618.png
Château de Saché, Indre-et-Loire   La Devinière, Indre-et-Loire

 

Autre enfant du pays : François Rabelais (1494-1553) et sa maison natale de Seuilly près de Chinon, La Devinière avec son toit d’ardoise et sa célèbre cheminée "Grandgousier". Dans Gargantua, les buveurs évoquent le cépage qu’on y cultivait alors, un pinot blanc, « c’est de la Devinière, un vin pineau » précisent-ils. Plus à l’est, on roule en direction du village de Descartes où se situe la maison natale du célèbre philosophe qui y fut élevé par sa grand-mère jusqu’à son départ pour le collège de Jésuites de La Flèche.

 

Plus au sud, le musée d’Ingrandes vers Le Blanc est consacré au romancier-voyageur Henri de Monfreid. Il y a vécu les 27 dernières années de sa vie et le musée retrace les péripéties de son périple africain à l’aide de reportages et de montages audio-visuels.

         
Musée d’Ingrandes, Indre                        Musée-école d’Épineuil-le-Fleuriel, Cher

 

Vers Saint-Amand Montrond se situe le musée-école de d’Épineuil-le-Fleuriel, (nommé Sainte-Agathe dans le roman) « cette demeure où s’écoulèrent les jours les plus tourmentés de ma vie » qui évoque Le Grand Meaulnes (1886-1914), le célèbre roman d’Alain-Fournier qui devait être fauché par la mort au début de la Grande Guerre.


Sa sœur Isabelle Rivière a précisé que dans ce roman, « tout est réel et on peut visiter à pieds 31 chapitres du livre, soit à l’école, soit autour de l’école. » Un autre musée au nord de Bourges, à La Chapelle d’Angillon,  est consacré à Alain-Fournier lui-même et à son beau-frère, l’écrivain Jacques Rivière.

 

Un peu plus au nord, c’est Maurice Genevoix (1890-1980) qui nous reçoit. D’abord dans le Loiret, le pays de son enfance à Chateauneuf-sur-Loire puis à la fin de sa vie aux Vernelles à Saint-Denis-de-l’Hôtel où s’était installé l’auteur de Raboliot. « En vérité, écrit-il dans sa biographie Trente mille jours, les Vernelles mêmes, c’était encore Châteauneuf, comme une sublimation rustique de tout ce qui m’avait peu à peu lié au Chastaing, à l’Herbe verte… à tous ces sites et ces lieux-dits qui jusqu’alors et de jour à jour m’avaient doucement envahi. […] (Mes pas) allaient de jour à jour, et quels qu’aient été mes chemins, me ramener vers les Vernelles. C’est ma maison, mon jardin, mon pays, tous les horizons de ma vie. »

 

On peut boucler notre itinéraire par un petit crochet vers le château du Bignon-Mirabeau où le poète Patrice de La Tour du Pin (1911-1975) a passé plusieurs années de sa vie et où il a écrit :
       « Regains… Je vais pouvoir nager dans le vert tendre,
       Des prairies, le fouillis des odeurs végétales,
       Et lécher la rosée à même les pétales…
       Regains… ne pas s’abandonner mais tout comprendre. »

       (La quête de la joie)

Le jardin, recréé en 2010, représente le reflet symbolique de son œuvre.

      
Château de Bignon-Mirabeau, Loiret       Les venelles, St-Denis-de-L’Hôtel, Loiret

 

Notes et références
* Voir aussi le site de la fédération nationale des maisons d’écrivains et des patrimoines littéraires, Voyages littéraires –ainsi que la fiche-voyage sur La route du Grand Meaulnes

 

Synthèse des maisons d’écrivains :
- Manoir de Bonaventure 41 100 Mazangé (Musset)
- Manoir de La Possonnière 41 800 Couture-s/Loir et Prieuré de Saint-Cosme 37 520 La Riche (Ronsard)
- Château de Saché 37 190 Saché (Balzac)
- Musée de La Devinière 37 500 Seuilly (Rabelais)
- Musée René-Descartes 37 160 Descartes
- Musée Henri-de-Monfreid 36 300 Ingrandes (Monfreid)
- L’École du Grand Meaulnes 18 360 Épineuil-le-Floriel et le Musée Alain-Fournier/Jacques Rivière 18 380 La Chapelle d’Angillon (Alain-Fournier)
- Maison Maurice Genevoix place du cloître 45 550 St-Denis-de-L’Hôtel (Genevoix)
- Château de Bignon-Mirabeau 45 210 Bignon-Mirabeau (De La Tour du Pin)

 

Voir aussi
* Centre Charles Péguy, (hôtel Euverte Hatte), Orléans (45)
* Domaine de George Sand, Nohant (36) et musée George Sand, La Châtre (36)

* Maison Max Jacob, Saint-Benoît s/Loire (45)

 

Autres liens
* Pour accéder à mes Autres sites et pour un rappel des Nouveautés --

<< Christian Broussas – Val de Loire,  17/01/2017 < • © cjb © • >>

 
 
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20 janvier 2017 5 20 /01 /janvier /2017 13:23

Référence : Abd Al Malik, Camus, l’art et la révolte, éditions Fayard, 192 pages, novembre 2016
Abd Al Malik, L’art et la révolte, Grand théâtre de Provence, spectacle musical inspiré de textes d’Albert Camus

 

  

« Dans une France où une figure internationale, médiatique, cohérente, courageuse, cherchant sans relâche un consensus pertinent et incarnant la grandeur des idéaux intellectuel et humaniste, est totalement absente, voici mon frère, voici notre héros : Albert Camus. » Abd Al Malik

 

Un rappeur, dites-vous, amateur de Camus ! Pourquoi pas finalement. Laissons-lui la parole…
« Tu as un gars qui vient d’une cité à Alger qui s’appelle Belcourt. Moi-même, je viens d’une cité. Tu as un gars qui est élevé seul par sa mère. Moi-même, j’ai été élevé seul par ma mère. Il dit qu’il faut tout faire pour rester fidèle aux siens, c’est-à-dire, les humbles. Il a grandi dans la misère, mais quand il est arrivé en métropole, il a vu que la misère des banlieues était injustifiée et injustifiable. Pour moi, j’ai un grand frère. Comme un mec en bas de l’immeuble qui me dirait que, pour m’aider dans mes velléités artistiques, il va m’expliquer comment ça se passe. Camus, c’est un gars de chez nous, c’est l’un des nôtres. 
Voilà pour l’identification sociale.

 

        

 

Il avait bien lu L’Étranger à l’école mais c’est un peu plus tard que chez un bouquiniste il tombe sur L’Envers et l’endroit. [1] C’est le déclic. « Tout est là dedans » conclut-il. Au départ, il est contacté par Dominique Bluzet et Catherine Camus [2] qui voulaient le faire travailler sur Le Premier homme mais il leur propose que ce soit plutôt L’Envers et l’endroit.

 

« Abd Al Malik. Albert Camus. Ça claque sous la langue comme une belle évidence, non ? Comme si le premier était né artiste pour faire sonner les mots percutants du second. Une belle évidence, oui. » La Provence

Ce qui les rapproche aussi, au-delà des origines : « Camus est dans la vraie vie… Quand tu viens d’où il vient – j’ai presque envie de dire d’où on vient… Ce n’est pas comme Sartre... Lui est juste en train de tout faire pour rester debout, amener de la nuance, de la complexité. Camus est beaucoup plus clair que Sartre. […] Il essaie de trouver des solutions médianes, sans idées arrêtées. De mon point de vue, la pensée de Camus est beaucoup plus actuelle que celle de Sartre. »
Camus dit aussi que la culture l’a arraché à sa condition…

 

« Chaque artiste garde ainsi au fond de lui une source unique qui aliment pendant sa vie ce qu’il est et ce qu’il dit ». Albert  Camus, préface de L’Envers et l’Endroit.

Abd al Malik a conçu son spectacle en trois tableaux : la pauvreté qu’elle soit externe ou interne, séquence basée sur du rap pur et dur, puis la rencontre avec autrui et leur altérité qu’il exécute avec ses musiciens, enfin la lumière symbolise par un duo de musique symphonique et de piano-voix.

 

L’ensemble est bâti sur des textes qu’il a grappillés dans toute l’œuvre de Camus  et plus particulièrement dans les nouvelles de L’Envers et l’endroit, et des textes qu’il a écrits pour la circonstance. « Il y a aussi l’aspect pictural du spectacle, avec un travail vidéo important, de la danse hip hop pour amener cette notion présente chez Camus, entre autres dans Noces, de l’exaltation, pour magnifier le corps » ajoute-t-il.

 

Camus est pour lui un mentor dont les œuvres ne le quittent guère :
« Albert Camus donc devenu un grand frère
Comme les grands de la cité
Que je voyais par la fenêtre
De ma tour le Neuhof, était devenu Belcourt. »
Abd Al Malik, "Marseille 2013", page 48


Lui aussi connut la maladie, pas la tuberculose comme Camus, mais une méningite nécessitant une hospitalisation d'une année, méditant cette phrase de Camus tirée de L'Envers et l'endroit« il n'y a pas d'amour de vivre sans désespoir de vivre. »Sa forme de révolte, il la puise dans L'Homme révolté, faisant sienne cette approche :  « La logique du révolté est de vouloir servir la justice pour ne pas ajouter à l'injustice de la condition... de parier, face à la douleur des hommes, pour le bonheur. »

 

Dans le chapitre L'amour et l'unité, Abd Al Malik s'appuie d'abord sur La Peste pour montrer l'importance de la dimension collective de la vie, surtout pour les plus pauvres qui n'en restent pas moins optimistes :
- Ceux-là sont les plus pauvres ? demande l'ingénieur D'Arrast dans La Pierre qui pousse.
- Ils sont les plus pauvres... Et vous savez, ils dansent et chantent tous les jours.

 

Pour Abd Al Malik, « c'est actualiser la réalité d'un destin commun que de prendre une figure telle que Camus pour se construire. »

 

Références
[1] « L’envers et l’endroit a été une sorte de révélation. Avec cette préface que Camus a écrite 20 ans après la première édition du livre. Un texte où il fait le point sur lui, sur ses origines, sur ce que c’est que représenter les siens, être un écrivain, un artiste… Immédiatement, ces quelques pages sont devenues comme un viatique pour moi. »
[2] Dominique Bluzet, directeur du grand théâtre de Provence à Aix et Catherine Camus, la fille d’Albert Camus

Catherine Camus

 

Bibliographie d’Abd Al Malik
La guerre des banlieues n’aura pas lieu, Le Cherche Midi, 2010
Le dernier Français, Le Cherche Midi, 2012
L’Islam au secours de la République, Flammarion, 2013
Qu’Allah bénisse la France, Albin Michel, 2014
Place de la République, Indigène, 2015
* Lire un extrait --

 

Mes fiches en complément
* L'Envers et l'Endroit --
* Camus et la classe ouvrière --

Christian Broussas –Camus-Abd al Malik - 11/12/2016 • © cjb © • >

 

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19 janvier 2017 4 19 /01 /janvier /2017 20:35

L’État de siège : une nouvelle version de Charlotte Rondelez

   

Dans cette nouvelle adaptation de la pièce de Camus, Charlotte Rondelez redonne une jeunesse à cette œuvre assez méconnue qui a souffert sans doute de sa longueur et de sa complexité, Camus ayant multiplié les acteurs et les thèmes abordés. La codirectrice du théâtre-Montparnasse a ainsi réalisé avec l’État de siège un superbe travail d'adaptation. [1]

 

La première mise en scène de l’État de siège jouée en 1948 fut un échec, malgré le magnifique Théâtre Marigny, les décors de Balthus et une superbe distribution dominée par Jean‑Louis Barrault, Madeleine Renaud et Pierre Brasseur. Une spectacle grandiose (trop) avec vingt-six comédiens sur scène), une pièce qui dure plus de trois heures), avec un foisonnement des thématiques, allant de la critique de la société d’après-guerre à celle des courants de pensée de l’époque et un recours à différentes formes dramatiques, « depuis le monologue lyrique jusqu’au jeu collectif » précise Camus dans son avant-propos. Camus avait probablement voulu "en faire trop" ce qui eut pour effet  de dérouter les spectateurs.

 

Charlotte Rondelez a donc pris le parti de supprimer tous les thèmes liés à l’époque et plus vraiment d’actualité, et de simplifier la mise en scène pour l’épurer et l’adapter à l’exiguïté du théâtre Montparnasse. Car dit-elle « la contrainte fait naître l’évidence » 

     

 

Un beau travail d’adaptation

L’adaptation de Charlotte Rondelez possède ainsi  la vertu de recentrer la pièce sur l’essentiel : le contrôle par la peur que peut exercer le pouvoir. Dans la pièce, il s'agit de la peur qu’inspire la terrible figure de La Peste accompagnée de sa secrétaire la Mort aux gens d’une paisible petite ville.

 

Pour reprendre l’idée de foisonnement tout en évitant les lourdeurs liés à la présence des foules et des chœurs (pourtant nécessaires), la mise en scène repose sur des jeux de marionnettes humaines qui recréent la dynamique indispensable à la pièce. Placées en arrière-plan, elles symbolisent l’humanité, la foule immense des petites gens que Diego, le héros de la pièce, va libérer du joug de La Peste.  Les visages grimacent, les voix déformées, les expressions terribles, baignées dans une ironie toujours présente.
Cette technique renforce le côté farce burlesque de la pièce sans tomber dans la grandiloquence et gomme son côté tragique pour la rendre plus accessible.

 

Cette nouvelle version, reposant cette fois sur six comédiens (au lieu des vingt-six de la version d’origine) , est plus courte, durant une heure et demi, ce qui donne plus de force au propos et plus de nervosité à la mise en scène. Ils se déplacent dans les deux univers de la pièce, le peuple et le pouvoir, espaces imaginaires qui convergent dans le combat singulier entre Diego et la Mort, entre le pouvoir et la révolte.

     

 

Interview pour le magazine Les Trois Coups

« Au théâtre, il n’y a rien à comprendre, mais tout à sentir. » Louis Jouvet

Charlotte Rondelez dit avoir été séduite par le style de Camus, à la fois drôle et burlesque, contrairement à l’idée qu’elle se faisait de l’auteur, plutôt grave et sérieux. Et aussi par « la complexité incroyable de cette pièce. »

 

Elle l’avait déjà montée dans une version plus près de la version originale mais elle a décidé cette fois d’en faire une adaptation plus ramassée et moins longue. Il fallait la replacer dans l’actualité pour lui donner un éclairage plus actuel, en supprimant par exemple l’aspect religieux, la critique du nihilisme, la condamnation du franquisme ou l’attitude de l l’Église durant la Seconde Guerre mondiale. « Les nihilistes, par exemple… ont été en quelque sorte remplacés par des cyniques. Et c’est ce qu’est devenu le personnage de Nada. » Conséquences : une durée réduite de plus de la moitié, et beaucoup moins de personnages.

 

 

Sa méthode de travail : « J’ai travaillé sur deux axes principaux, dit-elle, le rythme, que j’ai cherché à dynamiser au maximum, et le renforcement de l’humour naturellement contenu dans la pièce, qui permet d’éviter de tomber dans la moralisation, et introduit une distance salutaire… Mais, à l’exception du prologue, tout le texte est de Camus. »



Elle a tenu à conserver le côté burlesque de l’écriture, qui pense-t-elle, irradie toute la pièce. Pour que cela fonctionne, « il faut que La Peste ait l’air d’avoir raison. Et pour cela, c’est le peuple qui doit paraître ridicule. Mêlé à l’aspect tragique de la pièce, cela me semble donner une vision assez intéressante de ce qu’est souvent notre quotidien : absurde, drôle et pathétique en même temps. »

 

Pour ce qui concerne le recours aux marionnettes, « c’est la contrainte qui fait mettre ce genre d’idées en pratique… car il me fallait créer de la perspective avec un recul très limité. » Même si au début ça a un peu compliqué le jeu des acteurs.

 

Notes et références
[1] État de siège, d’après l’État de siège, d’Albert Camus, adaptation et mise en scène de Charlotte Rondelez, avec Simon-Pierre Boireau, Claire Boyé, Benjamin Broux, Céline Espérin, Adrien Jolivet, Antoine Seguin, d
écors Vincent Léger Création marionnettes Juliette Prillard 

Théâtre de Poche-Montparnasse • 75, boulevard du Montparnasse • 75006 Paris
Première représentation en mars 2014, durée : 1 h 15

 

Mes fiches Camus 2015-16 :
* L’État de siège, Camus-Rondelez -- En quête de "l'Étranger", Camus-Kaplan --
* Albert Camus-André Malraux, Correspondance --

* À la recherche de l'unité -- L'éternité à Lourmarin, Camus-Char --
 
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